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9 May 2021
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La SNCF traque les fraudeurs à la gare

Il a surpris plus d’un voyageur. Il faut dire que le dispositif de lutte anti-fraude déployé par la SNCF, hier en fin d’après-midi, à la gare de Chelles, avait de quoi impressionner : 23 contrôleurs, presqu’autant d’agents de la Sûreté ferroviaire, assistés d’une trentaine de policiers nationaux et municipaux, le tout disposé aux deux extrémités de la gare pour s’assurer que le flot de voyageurs de retour à Chelles était bien en règle et verbaliser le cas échéant.

Car si la SNCF s’est décidée à employer les grands moyens, c’est avant tout parce que la fraude, qui concerne 7,5% des voyageurs en Ile-de-France, lui fait perdre énormément d’argent. Sur le réseau Transilien, cela représenterait chaque année, selon les estimations du transporteur ferroviaire, 63 millions d’euros de manque à gagner. « Avec cet argent, nous pourrions investir dans la construction de six trains de banlieue », note Isabelle Delobel, la directrice du réseau Transilien Paris-Est.

« Je préfère payer une amende qu’acheter mon billet »

Hier, un de ces voyageurs dépourvu de billet, de retour de la gare de l’Est, « ne [s] attendait pas à être contrôlé ». L’usager, qui ne parle pas très bien le français, prétend avoir « oublié [s]a carte ». Le contrôleur lui propose de s’acquitter d’une amende de 50 euros ou de régler plus tard, sous forme majorée, à 80 euros. « Si vous retrouvez votre carte, vous pouvez vous adresser à notre centre de recouvrement, qui ne vous fera payer que 25 euros, » lui indique le contrôleur, placide.

Quelques instants plus tard, un jeune homme se fait prendre à son tour. Il ne semble pas vraiment contrarié d’avoir à régler une contravention. C’est même un peu cynique qu’il déclare « avoir les moyens de payer » et qu’il « dépense moins d’argent en [s]e faisant verbaliser de temps en temps » plutôt qu’en achetant son billet. « Il faudrait que le transport soit moins cher ou qu’il y ait davantage de contrôles pour me dissuader de continuer », lance-t-il, goguenard.

Les agents de gare pourront verbaliser

Un appel qui pourrait bien avoir été entendu. La SNCF prévoit de lancer l’an prochain un vaste programme d’assermentation de ses agents de gare. Sur la base du volontariat, ces derniers pourront verbaliser les voyageurs en flagrant délit de fraude. Potentiellement, ce sont donc 2 000 agents qui pourront apporter leur soutien aux 800 contrôleurs qui sillonnent la région tout au long de l’année. Par ailleurs, un délit de fraude d’habitude pourra être constitué au-delà de cinq contraventions, et non plus dix comme aujourd’hui.

A deux pas de là, les choses semblent se passer un peu moins bien pour un autre voyageur. Entouré par des policiers, le contrevenant refuse de régler l’amende, mais aussi de fournir sa pièce d’identité. « Vous préférez passer quatre heures au commissariat ? », lui lance le commissaire de police, venu en compagnie du maire assister à l’opération. « Le billet que je possède n’est pas le mien. Je n’ai pas envie qu’il soit confisqué », explique le jeune homme en jogging. La bisbille se terminera par un procès verbal. 13% d’entre eux sont recouvrés, et un sur deux est inexploitable, selon la SNCF.